• Groupe canadien de recherche en soins intensifs
    Le Groupe canadien de recherche en soins intensifs (CCCTG) est un groupe collaboratif voué à la poursuite de l’excellence et à l’avancement de la recherche en soins intensifs au Canada.
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    Plus de 30 programmes de recherche sont en cours au CCCTG et plus de 100 articles évalués par les pairs ont été publiés, toujours avec répercussions directes sur la pratique clinique en soins intensifs.
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    Le Groupe canadien de recherche en soins intensifs (CCCTG) est un organisme national de plus 300 membres intéressés à la recherche sur la prise en charge des patients gravement malades.
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    Le soutien du CCCTG indique son engagement formel à s’assurer que la recherche sera entreprise avec rigueur et éthique et communiquée en temps opportun, de manière efficace.

Gestion de la sédation chez les patients gravement malades

70 % des patients avaient des souvenirs erronés 28 jours après le congé, peu importe la stratégie de sédation utilisée.

Tous les patients gravement malades sous ventilation mécanique à l’unité des soins intensifs reçoivent des médicaments pour soulager la douleur et l’angoisse. Toutefois, l’accumulation de ces médicaments peut s’associer à de graves complications, notamment le prolongement de la ventilation assistée et du séjour aux soins intensifs. Il a été démontré que deux stratégies améliorent considérablement la santé de ces patients : le protocole de sédation géré par le personnel infirmier et l’interruption quotidienne de la sédation. Cependant, ces stratégies n’ont pas été universellement adoptées. Certains cliniciens sont préoccupés par la charge de travail supplémentaire imposée par ces stratégies et par la possibilité d’inconfort et d’agitation du patient. Par ailleurs, on ignore quelle était la meilleure stratégie pour les patients. Est-ce que les patients soumis à une combinaison de ces deux stratégies (protocole de sédation et interruption quotidienne de la sédation) évoluent mieux que les patients soumis à une seule de ces stratégies (protocole de sédation)?

Menés par Sangeeta Mehta, les chercheurs du CCCTG ont comparé l’utilisation d’un protocole de sédation à l’utilisation d’un protocole de sédation combiné à l’interruption quotidienne de la sédation chez les patients gravement malades ayant besoin de ventilation mécanique. L’étude SLEAP a été publiée dans le Journal of the American Medical Association en 2012. L’étude SLEAP a démontré qu’il n’y avait aucune différence entre les deux groupes en ce qui a trait à la durée de ventilation mécanique et la durée du séjour à l’unité de soins intensifs. De façon inattendue, le groupe ayant subi une interruption quotidienne de sédation a reçu des doses plus élevées de sédatifs et les infirmières soignant ces patients ont rapporté une surcharge de travail. En démontrant que l’interruption quotidienne de la sédation ne présentait pas d’avantages lorsqu’un protocole visant une sédation minimale était appliqué à tous les patients, l’étude SLEAP a permis d’améliorer la façon dont on utilise la sédation partout dans le monde.

Au début 2015, les collaborateurs de l’étude SLEAP ont publié deux articles supplémentaires sur les résultats de l’étude SLEAP. Dans un article publié dans Critical Care Medicine, Sangeeta Mehta et ses coauteurs décrivent l’incidence, les facteurs de risque et le pronostic associés au délirium chez les adultes sous ventilation mécanique. Parmi les patients gravement malades participants à l’étude SLEAP, le délirium s’est avéré fréquent, survenant chez 54 % des patients et de façon comparable parmi les deux stratégies de sédation étudiées. Le délirium a été associé à une durée de ventilation mécanique prolongée (6 jours) et un séjour plus long à l’unité de soins intensifs (4 jours). L’application de moyens de contention durant la période passée à l’unité de soins intensifs était plus souvent associée au délirium; l’âge des patients, la gravité de la maladie et l’usage antérieur d’alcool ou de tabac ne l’étaient pas.

Dans un article publié dans le Journal of Critical Care en avril 2015, Louise Rose et les collaborateurs de l’étude SLEAP rapportent les résultats d’un sondage menés auprès des infirmières et des médecins par rapport aux stratégies de sédation utilisées par l’étude SLEAP. Bien que la plupart des répondants (81 %) ont affirmé aimer les deux stratégies, plus de médecins que d’infirmières disent apprécier l’interruption quotidienne (100 % c. 61 %). Les infirmières et les médecins ont exprimé des préférences et des raisons différentes pour aimer ou ne pas aimer l’une ou l’autre des stratégies. Par rapport aux médecins, moins d’infirmières ont aimé l’interruption quotidienne de la sédation, citant une préoccupation par rapport à l’inconfort et la sécurité du patient.

En 2012, Louise Rose a présenté ses données sur le sommeil et la maladie psychologique, recueillies auprès des patients de l’étude SLEAP suite à leur congé de l’unité de soins intensifs, à la conférence de la Society of Critical Care Medicine à Houston, Texas. Sur les 63 patients évalués après 6 mois, 14 % rapportaient un trouble anxieux, 7 % un trouble de l’humeur, et 13 % avaient des symptômes de stress post-traumatique. En moyenne, les patients signalaient un trouble du sommeil modéré.

En 2013, Lisa Burry a présenté ses données sur la mémoire liées au souvenir du séjour aux soins intensifs chez les patients SLEAP au congrès de la European Society of Intensive Care Medicine à Paris, en France. Les jours 3, 28 et 90 suivant leur congé de l’unité de soins intensifs, 28 %, 26 %, et 36 % des patients ont respectivement affirmé ne pas avoir le souvenir de leur séjour à l’unité de soins intensifs. 70 % des patients avaient des souvenirs erronés 28 jours après leur congé, ces derniers n’étant pas associé à la stratégie de sédation utilisée dans leur cas.

En 2014, Louise Rose a présenté ses données sur les facteurs associés à l’utilisation de moyens de contention chez les patients de l’étude SLEAP au congrès de la European Society of Intensive Care Medicine Congress de Barcelone, en Espagne. 76 % avaient subi une contention physique pour une durée médiane de 4 jours. Le recours aux moyens de contention était similaire entre les deux groupes. Les patients contentionnés ont reçu des doses quotidiennes plus élevées de sédatifs, de médicaments contre la douleur et de neuroleptiques. Le retrait accidentel de cathéters et de tubes était plus fréquent chez les patients contentionnés (26 % c. 3 %). Aucune caractéristique particulière des patients et  aucun facteur lié au traitement n’ont permis de prédire le besoin de recourir aux moyens de contention.

L’étude SLEAP a fourni à la communauté des prestataires de soins intensifs une mine d’informations sur la gestion de la sédation chez les patients gravement malades.